Lire et comprendre un devis de traduction
Deux devis au même tarif au mot peuvent recouvrir deux prestations sans rapport. Ce qui distingue un devis honnête d'un devis trompeur ne tient pas au montant, mais à ce qui est écrit — et surtout à ce qui ne l'est pas.
Le tarif au mot ne dit presque rien
C’est le chiffre que tout le monde regarde en premier, et c’est le moins informatif. Il ne prend son sens qu’associé à la réponse à une seule question : qu’est-ce que cette ligne inclut ?
Un tarif de 0,18 franc par mot incluant traduction par un spécialiste du domaine, révision par une seconde personne, gestion terminologique et garantie de reprise est meilleur marché qu’un tarif de 0,12 franc couvrant une traduction seule qu’il faudra faire reprendre.
Les lignes que vous devriez voir
Un devis lisible fait apparaître, séparément ou explicitement inclus, les éléments suivants.
La traduction, avec le profil de l’intervenant et le volume facturé — mots source ou lignes normées, la base de comptage doit être dite.
La révision par une seconde personne. C’est l’exigence structurante d’ISO 17100 et la ligne la plus souvent supprimée sans le dire pour ajuster un montant. Si elle n’apparaît nulle part, demandez si elle est incluse. La réponse est instructive dans les deux cas.
Le traitement des répétitions, avec les paliers de correspondance appliqués et le pourcentage du tarif plein pour chacun.
La gestion terminologique : constitution ou mise à jour du glossaire, validation par vos soins.
La gestion de projet : préparation des fichiers, coordination, contrôle final, livraison au format demandé.
Les éventuels travaux de mise en page, souvent oubliés jusqu’à la livraison d’un PDF que personne ne peut retoucher.
Les paliers de correspondance, expliqués
Sur du contenu répétitif — documentation technique, catalogues, mises à jour — la mémoire de traduction retrouve des segments déjà traduits. Les tarifs réduits correspondants suivent en général une échelle de ce type :
| Type de correspondance | Ce que cela signifie | Part du tarif plein |
|---|---|---|
| Répétition interne | Le segment revient plusieurs fois dans le même lot | 20–30 % |
| Correspondance exacte | Segment identique déjà traduit et validé | 20–30 % |
| Correspondance élevée (95–99 %) | Différence minime, souvent un chiffre ou un nom | 40–60 % |
| Correspondance moyenne (75–94 %) | Le segment doit être retravaillé | 60–80 % |
| Nouveau segment | Aucune correspondance | 100 % |
Les valeurs varient d’un prestataire à l’autre et se négocient. Ce qui compte, c’est qu’elles soient écrites. Sur un contenu répétitif, un devis sans grille de correspondances vous fait payer au plein tarif ce que la mémoire aurait dû faire baisser.
Corollaire important : ces économies ne sont possibles que si la mémoire existe et vous appartient. C’est une raison de plus d’exiger sa restitution en TMX au moment de changer de prestataire.
La ligne « post-édition » et son piège
Quand de la traduction automatique intervient, le devis affiche généralement une décote — souvent exprimée en pourcentage du tarif de traduction.
Le principe est défendable. La méthode, souvent, ne l’est pas.
Une décote fixe décidée à l’avance suppose que la sortie machine est de qualité constante. Elle ne l’est pas : elle varie fortement selon la combinaison linguistique, le domaine, la propreté du fichier source et l’état du glossaire. Quand la sortie est bonne, la décote est justifiée. Quand elle est mauvaise, le post-éditeur travaille plus qu’il n’aurait travaillé en traduisant directement, pour un tarif réduit.
Deux mentions doivent donc figurer au devis :
Le niveau de post-édition — légère ou complète, au sens d’ISO 18587. Ce sont deux prestations différentes, avec des résultats différents. Un devis qui dit « post-édition » sans préciser le niveau ne dit rien.
Ce qui se passe si la sortie machine est inexploitable. La réponse doit exister avant le projet. Un prestataire sérieux prévoit un basculement en traduction directe, avec le tarif correspondant.
Ce qui manque, et qui devrait être là
Trois absences fréquentes, toutes coûteuses.
La propriété des données linguistiques. À qui appartiennent la mémoire et le glossaire, sous quel format et sous quel délai sont-ils restituables, à quel coût ? Si le devis est muet, faites ajouter une ligne. C’est le point qui détermine votre liberté dans deux ans.
Le traitement des données. Où circulent et où sont stockés les fichiers, quels sous-traitants interviennent, quelle est la durée de conservation. Pour un contenu sensible ou soumis à la nLPD, cela relève du contrat, pas d’un échange de courriels.
La procédure de contestation. Que se passe-t-il si la traduction ne convient pas : sous quel délai la réclamation est-elle recevable, qui arbitre, la reprise est-elle gratuite. Un prestataire confiant dans son processus l’écrit volontiers.
Trois questions qui révèlent un devis creux
Si vous n’avez le temps que de trois questions, ce sont celles-ci.
- La révision par une seconde personne est-elle incluse dans ce prix ?
- Quels systèmes automatiques interviennent, et à quelle étape ?
- Que se passe-t-il si je conteste la traduction livrée ?
Un prestataire dont le processus est réel répond aux trois en une minute et par écrit. Un prestataire dont le devis repose surtout sur un tarif attractif mettra trois jours et emploiera des phrases.
C’est, plus encore que le montant, ce qui vous renseigne.
Questions fréquentes
Pourquoi deux devis varient-ils du simple au triple ?
Parce qu'ils ne décrivent pas la même prestation. Les variables déterminantes sont la présence ou l'absence d'une révision par un tiers, le profil et la spécialisation du traducteur, le traitement des répétitions par mémoire, la gestion terminologique, la mise en page et la garantie après livraison. Un écart de prix important est normal ; ce qui ne l'est pas, c'est qu'il ne soit pas explicable.
Qu'est-ce qu'un palier de correspondance ?
Un tarif réduit appliqué aux segments que la mémoire de traduction retrouve, en tout ou partie. Une correspondance exacte se facture typiquement une fraction du plein tarif, une correspondance partielle davantage. La pratique est légitime et vous fait réellement économiser sur du contenu répétitif. Ce qui doit attirer l'attention, c'est un devis qui n'en parle pas alors que votre contenu est manifestement répétitif.
Une décote de post-édition est-elle justifiée ?
Sur le principe oui, dans la méthode souvent non. Une décote fixe décidée à l'avance suppose une qualité machine constante, ce qu'elle n'est pas : elle varie selon la combinaison, le domaine, la propreté du fichier source et l'état du glossaire. La pratique défendable consiste à mesurer le temps d'édition sur un échantillon avant de fixer le tarif, et à prévoir le cas où la sortie machine est inexploitable.
Faut-il payer les frais de gestion de projet ?
Ils correspondent à un travail réel : préparation des fichiers, sélection des intervenants, suivi, contrôle final, remise en forme. Facturés séparément, ils sont transparents ; intégrés au tarif au mot, ils sont invisibles mais présents. Ce qui doit alerter, c'est un montant forfaitaire important sans description de ce qu'il couvre.
Sources
- NormeISO 17100 — Translation services requirements for translation services
- NormeISO 18587 — Post-editing of Machine Translation Output: Evolving
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